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Collie online - Le Colley - Insectes
Mise à jour le 09/03/2014 - 22:43

 

Carte dynamique et actualisée quotidiennement des risques pour tiques et puces (Cliquez sur l'image)

 

 

Généralités

Les tiques sont des acariens hématophages (qui se nourrissent de sang). Leur taille, 3 à 6 mm en moyenne (jusqu'à 3 cm pour certaines espèces tropicales), en fait les plus grands représentants de l'ordre des acariens. Elles transmettent une trentaine d'agents pathogènes, dont quelques-uns qui nous intéressent directement pour provoquer des maladies chez nos chiens, tout autant que chez l'être humain.
Les tiques figurent parmi les plus importants vecteurs de maladies de la planète. A l'inverse des moustiques, les tiques sont en contact longtemps (7 à 10 jours) avec des hôtes diversifiés par lesquels ils vont assurer la diffusion des agents pathogènes. Ainsi, les germes circulent d’une population réservoir d’hôtes vertébrés aux tiques qui vont les transmettre à d’autres hôtes vertébrés. La longévité exceptionnelle de la tique en fait à la fois un bon vecteur et un excellent réservoir.

La tique est un vecteur pour 4 maladies que sont:

  • PIROPLASMOSE ou Babébiose (toute la France)
  • MALADIE DE LYME ou Borréliose (toute la France)
  • EHRLICHIOSE CANINE (Midi de la France)
  • HEPATOZOONOSE canine (Sud-Est de la France)
  • L'encéphalite à tiques est une pathologie qui touche essentiellement l'homme, de rares cas d'infections ont été rapportés chez le chien, mais la plupart de ces précédents rapports se sont avérés erronés. (Est de la France)

 

Les maladies vectorielles :

Une maladie vectorielle est une maladie qui est causée par un agent parasite transporté et inoculé ou déposé par un autre être vivant qui est appelé le vecteur de cette maladie. Ce vecteur est un organisme qui ne provoque pas lui-même la maladie mais qui répand l'infection en transportant les agents pathogènes d'un hôte à l'autre.
Borrelia burgdorferi est l'agent pathogène de la Borréliose de Lyme. Le vecteur est la tique Ixodes ricinus majoritairement répandue en France.
Le grand danger est la piroplasmose :
Babésia canis est l'agent pathogène de la Babésiose, ou piroplasmose, une maladie qui peut se révéler fatale.
La tique s'infecte en prélevant du sang sur un animal atteint et va transmettre le parasite et la maladie en piquant un chien sain. Deux tiques sont vecteurs de cette grave maladie : Dermacentor reticulatus et Rhipicephalus sanguineus.

 

Biotope :

D'une manière générale, la végétation dans son ensemble constitue le biotope des tiques : forêts, bois, les hautes herbes des prairies, de la plaine jusqu'à la moyenne montagne (1400 mètres). Les endroits verdoyants et humides dans une région tempérée où la température est comprise entre.7°C et 25°C constituent autant d'aires favorables au développement des tiques.
Les tiques vivent dans le sol, ou au ras du sol (feuillages, débris, branches et troncs secs) si la température est trop basse (en dessous de 7°C) ou trop sèche.
A part la variété Rhipicephalus sanguineus de distribution essentiellement méditerranéenne, les tiques ont besoin d'eau et n'aiment pas les périodes sèches.
Les tiques ne montent pas dans les arbres pour se laisser tomber sur leur proie. Leur besoin en eau les oblige à rester près du sol.
La tique est généralement dépourvue d'yeux mais possède des organes sensoriels (pores, soies) qui pourraient, estiment les scientifiques, servir à analyser les effluves (gaz carbonique notamment) des animaux et humains passant à proximité et choisir leur proie.

 

Cycle de vie de la tique:


Les tiques ont une durée de vie très longue, avec un cycle de développement s'étendant souvent sur plusieurs années, 2 à 4 ans en moyenne, mais pouvant aller jusqu'à à 7 ans si les conditions climatiques ne sont pas favorables. L'eau est leur seul besoin vital, et elles peuvent l'extraire de l'air ambiant.
Les stratégies de survie des tiques profitent aux virus qu'ils transmettent. La longévité exceptionnelle de la tique en fait à la fois un bon vecteur et un excellent réservoir (Blaskovic & Nosek, 1972).
Les tiques se développent en passant par quatre stades évolutifs distincts qui nécessitent un apport en nourriture.
Si la plus grande partie de leur vie se passera sur le sol (éclosion, métamorphose), la quête de nourriture pour permettre leur transformation va les pousser à chercher un affût sur les extrémités des herbes des prairies ou fougères des sous-bois dans l'attente d'une proie (animal sauvage ou domestique, mollet d'un promeneur). Les tiques passeront la troisième partie de leur vie, quelques semaines pour l'ensemble de leur existence, ancrées sur la peau de mammifères (sauvages, d'élevage ou domestiques), d'oiseaux ou de reptiles.
C'est au cours de ces périodes qu'elles perforent l'épiderme grâce à un rostre pour se nourrir de leur sang. Elles peuvent à cette occasion transmettre à leurs hôtes de nombreux agents pathogènes connus (virus, bactéries, protozoaires, nématodes) et parfois des neurotoxines (responsables de paralysie à tiques).

 

Les 4 cycles de la tique :

  1. L'œuf :
    Certaines espèces pondent un très grand nombre d'œufs, plus de 20 000. La moyenne étant comprise entre 500 à 5000 oeufs. Le taux de survie des tiques demeure très modeste, en raison des conditions climatiques et des prédateurs. Randolph et Craine (1995) estiment que 2000 oeufs sont nécessaires pour le développement de deux adultes.
    Si l'humidité est une condition essentielle de survie des tiques, trop d'eau favorisera le développement de champignons microscopiques qui vont parasiter et détruire les larves de tiques. Nymphes et adultes sont ensuite mangées par les oiseaux insectivores, des reptiles ou certains insectes.
    Plusieurs semaines peuvent se passer avant que la femelle ne commence à pondre si les conditions ne sont pas favorables. Il peut arriver que la femelle meurt avant d'avoir pondu.
    Les oeufs éclosent en 3 à 4 semaines.
    Au sortir de l'œuf, la larve se fixe sur un premier hôte (petits mammifères) qu'elle quitte après y avoir fait son premier repas, c'est-à-dire effectué sa première phase parasitaire.
    Ce 1er repas dure environ 1 semaine.
  2. La larve (qui n'a que 3 paires de pattes, griffues) :
    Elle mue alors au sol. Cette phase dure de 1 à 4 mois. Elle va devoir trouver un nouvel hôte pour son repas nymphal, qui est la deuxième phase parasitaire.
    Ce 2ème repas dure environ 1 semaine. La mue qui va transformer notre larve en nymphe dure entre 1 et 3 ou 4 semaines.
  3. La nymphe (qui a 4 paires de pattes comme l'adulte mais est asexuée) :
    Les nymphes préfèreront prendre leur repas sur de petits animaux. Après quoi elle se laissera à nouveau tomber au sol pour effectuer la mue de transformation en adulte. Une mue dont la durée peut s'étaler sur une période comprise entre 2 semaines et 3 mois.
  4. L’adulte :
    Devenue adulte elle recherche un troisième hôte (grands mammifères) pour effectuer le dernier repas ou troisième phase parasitaire. Le stade adulte correspond à la maturité sexuelle. Les femelles adultes, environ deux fois plus grandes que les mâles, atteignent 4 mm de long. L'accouplement se fait sur l’hôte sur lequel ils se trouvent. Après l'accouplement, le mâle meurt tandis que la femelle gorgée de sang se laisse tomber à terre pour pondre ses œufs à l'abri. Cette ultime phase met fin à son au cycle de vie.
    Ce 3ème repas dure environ 1 semaine.


Nota :

  • Le cycle présenté ci-dessus est celui d'Ixodes ricinus qui est télétrope: 3 hôtes différents aux 3 stades de son cycle,
  • Dermacentor est ditrope : 3 hôtes mais seulement 2 espèces différentes,
  • Rhipicephalus sanguineus est monotrope : 3 hôtes, mais 1 seule espèce, le chien.

Le cycle dure généralement de 18 mois à 3 ans. Au cours de cette période, la tique va passer la plupart de son temps à jeûner. Les 3 repas sanguins sont uniquement imposés par le développement de la tique pour les 2 premiers, pour assurer la reproduction de l'espèce pour le dernier repas. Elles sont très actives au printemps, puis en automne lorsque les conditions climatiques sont idéales. Si le repas sanguin n’a pas lieu, la tique peut rester au même stade de développement et attendre une nouvelle période favorable qui peut arriver seulement l’année suivante. Il est habituel d’observer des périodes de famine de plus de trois ans. Ainsi, selon les conditions environnementales, un cycle peut atteindre 7 à 8 années.

Les hôtes seront généralement des petits rongeurs quand elles sont au stade de larve et jeune puis des cervidés à l'âge adulte. Lorsque l'animal sauvage est porteur de bactéries, la tique les aspire avec le sang et les stocke. Elle devient alors un vecteur pour ces maladies. Les cervidés sont les principaux animaux sauvages hôtes des tiques. Il est estimé que 1 cerf peut nourrir un million de tiques par an.
Les tiques adultes sont toujours plus porteurs de pathogènes transmissibles que la nymphe et la larve. Chaque repas donnant une possibilité supplémentaire à la tique de contracter des germes.
Une étude suisse réalisée en 2004 montre que [2] :
- 30% des adultes (qui se sont plus souvent nourries sur des mammifères tels que chevreuil, sanglier ou lapin) étaient infectés contre 21 % des nymphes, qui se nourrissent plutôt sur des oiseaux et micromammifères).
- Plus l'altitude est basse, plus les tiques sont nombreuses à être infectées, et plus élevée est la diversité de borrélias trouvées.

Une autre étude réalisée en 2002 au Pays Basque espagnol ciblée sur la recherche des Borrélias a montré que 12,5% des Ixodes ricinus (la variété de tique la plus répandue) adultes en portaient, contre moins de 1% pour les nymphes [3].

 

Les populations de tiques :

Les populations de tiques sont en augmentation rapide depuis la fin du XXe siècle.
Le réchauffement climatique, la modification des biotopes ou la diffusion des parasites par l'accroissement des mobilités humaines sont quelques exemples de causes d'augmentation de la présence des tiques dans notre environnement.
Des chercheurs suédois ont pu montrer que chaque augmentation de l'incidence de l'encéphalite à tiques chez l'être humain a été significativement liée à une combinaison de deux hivers doux avec printemps précoces et/ou automne doux l'année précédant le nouveau pic d'incidence [1]
Il a même été montré que les conditions climatiques modifient le comportement des tiques. C'est la conclusion à laquelle sont arrivés des chercheurs du CNRS de Marseille en étudiant des cas de rickettsiose dans le midi de la France, dont une épidémie en avril 2007 à Nîmes. Il est apparu que les rickettsioses ont été beaucoup plus répandues lors des étés chauds de 2003 et 2005. La conclusion, confirmée en laboratoire, est que la tique qui pique habituellement le chien, cherche plutôt des êtres humains lorsque la chaleur s'élève [4].

 

Augmentation des populations de tiques:

Le réchauffement climatique favorise l'acclimatation en altitude des tiques (jusqu'à 1400 mètres en Suisse). L'aire de distribution des tiques va ainsi progressivement et considérablement s'étendre en englobant toutes les zones de basse et moyenne montagne.
L'utilisation massive de fongicides et pesticides entraine une raréfaction des prédateurs des tiques: les guêpes parasitoïdes et nombre d'espèces de champignons entomopathogènes et des nématodes parasites des tiques.
Inversement, l'utilisation massive du fipronil dans les cultures depuis 25 ans a rendu la tique résistante à cette molécule.
La spécialisation des terres agricoles pour la production de céréales a renforcé la cohabitation proche entre les tiques et leurs hôtes (sangliers, cervidés) dans toutes les zones où la forêt jouxte les champs de céréales, maïs notamment.

La tique, un acarien aux ressources insoupçonnées :
Des ressources complexes mobilisées dans un seul but: la survie de l'espèce.
La survie impose en premier aux tiques de maîtriser la mobilité qui leur permettra de ne plus dépendre des conditions climatiques défavorables.
Outre le repas fait en étant accroché sur son hôte d'un temps, animal sauvage en général, les tiques exploitent ce temps de fixation pour se déplacer passivement.
Les oiseaux leurs permettent de parcourir des distances considérables. Les tiques restent accrochées sur eux pendant leur vol et sont transportées parfois dans d'autres régions. Les tiques infectées vont ainsi contribuer à propager bactéries ou virus que sont Borrelia Burgdorferi, Ehrlichia, Bartonellas, Babésias ou le virus de la Méningo-encéphalite à tiques (MET).
A noter que les oiseaux ne servent pas de réservoir à bactéries.
Des larves semblent aussi pouvoir se laisser transporter en aval par l'eau lors de crues.
Jean-Luc Perret, biologiste, a réalisé en 2003, dans le cadre d'un Doctorat à l'Université de Neuchâtel, d'importants travaux sur les tiques et a notamment étudié le déplacement des tiques [5].
Avec l'aide de Peter-Allan Diehl et Michèle Vlimant (Laboratoire de physiologie animale, Neuchâtel, Suisse) et de leur microscope électronique, ils ont découvert que ces acariens dépourvus d'yeux ne sont pas pour autant dépourvus de sens. Ils possèdent des cellules qui jouent un rôle similaire à celui de l'odorat (sur une patte) et des cellules photosensibles permettant aux tiques de différencier les périodes diurnes et nocturnes. Ces chercheurs pensent que ces capteurs photosensibles pourraient même alerter les tiques sur la présence proche d'un animal.
Jean-Luc Perret a fait d'étonnantes constations après avoir recréé différentes conditions de vie en laboratoire. Aidé de caméras infrarouges il a mis en évidence l'influence exercée par les conditions climatiques sur les acariens. Jean-Luc Perret a montré que les déplacements des nymphes sont essentiellement nocturnes en profitant des conditions d'humidité favorables. Certaines d'entre-elles peuvent parcourir jusqu'à 9,6 mètres en une nuit.
Ces déplacements doublent (en moyenne) quand la température passe de 15 à 25 °C (mesures faites en laboratoire). La tique qui effectue un trajet moyen de 44 cm/nuit dans un environnement humide à 15°C va parcourir jusqu'à 110 cm dans un air plus sec à 25 °C.


La durée de la quête est également tributaire des conditions climatiques.
Les nymphes d'Ixodes ricinus restent à l'affût pendant 20 heures dans un environnement sec. Ce temps d'affût double si l'humidité et la température augmentent. Passé ce délai, elles reviennent au sol pour se réhydrater dans la litière humide avant de remonter sur leur poste d'attente au sommet des herbes.
Jean-Luc Perret a également découvert que les bactéries Borrelia Burgdorferi (agent infectieux responsable de la maladie de Lyme) qui contaminent les tiques modifient leur comportement, lui faisant penser qu'elles seraient peut-être capables de contrôler l'acarien. Dans une atmosphère sèche, les tiques porteuses de la bactérie se déplaçaient plus souvent et sur de plus grandes distances que les tiques non infectées. La nécessité pour la bactérie de se développer et se diffuser rapidement expliquerait pourquoi elle pousserait l'acarien à transgresser son cycle normal de fonctionnement qui ne dépendrait plus uniquement des seules conditions climatiques.

 

Références:

[1] Lindgren E, Gustafson R. Tick-borne encephalitis in Sweden and climate change. The Lancet. 2001; 358:16-8. 9. ([travaux de l'Université de Stockholm)
[2] Fatima Jouda,Jean-Luc Perret, Lise Gern ; Ixodes ricinus Density, and Distribution and Prevalence of Borrelia burgdorferi Sensu Lato Infection Along an Altitudinal Gradient [archive] ; 2004
[3] Marta Barralab, Ana L. García-pérezb, Ramón A. Justeb, Ana Hurtadob, Raquel Escuderoc, Ricela E. Sellekcd, and Pedro Andac ; Distribution of Borrelia burgdorferi sensu lato in Ixodes ricinus (Acari: Ixodidae) Ticks from the Basque Country, Spain ; Journal of Medical Entomology (Published by: Entomological Society of America) 39(1):177-184. 2002
[4] Parola et al. Warmer Weather Linked to Tick Attack and Emergence of Severe Rickettsioses. PLoS Neglected Tropical Diseases, 2008; 2 (11): e338 DOI:10.1371/journal.pntd.0000338 Contact : Didier Raoult, directeur de l'Unité de recherche sur les maladies infectieuses et tropicales émergentes (CNRS/Marseille)
[5] Quand les tiques jouent à Loft Story - Jean-Luc Perret, Peter-Allan Diehl et Michèle Vlimant - Université de Neuchâtel, Laboratoire de parasitologie - Cliquer ici
Cartes d'endémie Suisse, Europe et monde pour l'encéphalite à tiques (FSME) - Cliquer ici

 

Nota:

  • Ceci est un exposé documentaire de vulgarisation qui ne saurait remplacer une consultation vétérinaire.
    Il ne peut avoir pour but de se substituer au praticien, qui demeure le seul apte à formuler un diagnostic.
    Collie online décline toutes responsabilités découlant de l'utilisation, l'appréciation ou l'exploitation des informations diffusées dans ces pages. Les informations présentées ne sont pas nécessairement exhaustives et restent du domaine général sans relation avec quelque cas particulier propre à personne physique ou morale.

 

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